lundi 1 avril 2013

Interview du ténor Jean Christophe Born


Jean-Christophe Born est un chanteur lyrique français originaire de Poitier. Maîtrisant sa voix de ténor avec perfection et possédant un coffre incroyable, il a récemment fait une tournée mondiale en interprétant Monostatos dans l'opéra "La Flute enchantée" mit en scène par Peter Brook. Avec une actualité chargée et plusieurs projets, 2013 sera l'année de la consécration de Jean-Christophe Born. 



D'où vous viens votre amour pour la musique lyrique ?

Mon amour vient du fait que j'ai découvert à l'âge de 8 ans la voix, le timbre d'Edith Piaf. Je me souviens m'être endormi bercé par sa voix unique. Elle a marqué mes premières années de chant, puisque j'étais devenu pour ma famille et mes amis l'interprète officiel de ses chansons ! Mes grand succès: Milord et Moi j'essuie les verres.... Ma petite soeur de 3 ans ma cadette, accompagnait le chant de lalala. Ensuite, vers l'âge de 14 ans, ma vie est passée sous l'influence de la Divina

Maria Callas et du célèbre Casta Diva. Sa voix et sa vie m'ont fasciné et me fascinent toujours. Artiste totale à la vie et à la scène.



Vous avez passez votre enfance au Gabon. Cela a t-il contribuer à développer votre goût pour la musique ?

En Afrique je me sentais noir même si j'étais blanc. Mes amis disaient "tu es blanc mais ton cœur est noir". Depuis que je vis en France, je dirais qu'il a blanchi... Je me souviens de cette terre rouge, de cette humidité suffocante, des odeurs de fritures des vendeuses de beignets, des chiens errants, de la musique des bars, des taxis où l'on s'entassait à 7 ou 8 pour un franc...Tout ça, c'était chez moi. C'est là que j'ai commencé à jouer la comédie, à imiter ce que je voyais et entendais; j'aime me fondre dans le paysage "A Rome on fait comme les Romains".A Québec, le québécois, à Paris, le parisien, à Marseille je fais le marseillais ; c'est plus fort que moi, et en plus, ça m'amuse. Quand au développement de mon goût pour la musique . Oui et non, car en Afrique la musique classique européenne n'est pas très populaire ni d'ailleurs très connue.  C'est très élitiste, des trucs de blancs. Là-bas la vieille Europe ne comptait pas beaucoup, pour être franc.  En revanche, l'Amérique était le sésame absolu pour ce qui se faisait de meilleur. Mes amis noirs étaient tous tournés vers Snoop Doggy Dog, Aaliyaah, Will Smith... Je situe tout ça dans les années 90, aujourd'hui j'ignore tout des goûts des jeunes du Gabon. J'ai reçu l'enseignement d'un professeur (Alain Mingwang) qui au collège m'a entrebâillé la porte vers Bach, Mozart...et vers le théâtre.



Quel est votre actualité ?

Toujours chercher à s'améliorer, à progresser. Ce qui est passionnant dans notre métier, ce qui me plaît et me désespère aussi  parfois c'est que rien n'est jamais  acquis. Chaque nouvel engagement est un nouveau défi à relever. La voix se cultive chaque jour comme une plante ; il lui faut une attention constante, savoir s'adapter aux aléas de santé.Un jour c'est facile, le lendemain pénible, comme ça, sans raison !Régine Crespin dit dans son autobiographie : " La voix, c'est comme une grosse valise; tous les jours, il faut arriver à la soulever jusqu'à l'étagère du haut !." Si le public savait tous les efforts et les sacrifices que demande une carrière lyrique et la vulnérabilité de nos petites cordes vocales... En ce moment je prépare une série de récitals. J'aime le récital et le travail de musique de chambre qu'il exige. L'entente entre musiciens est fondamentale.



Quels sont vos projets ?

Le 9 mai, la Création de Haydn pour le festival Musical du Lubéron dans la version Zemlinsky pour chœur, solistes et piano à quatre mains, avec l'ensemble Ad Fontes Canticorum dir. Jan Heiting. Le 19 mai, le Messie de Haendel avec l'ensemble Européen de Vaison La Romaine, dir. Claude Poletti. La Belle Hélène, rôle de Pâris, à Marseille en juillet, et en août The Company of Heaven de B. Britten avec Marie Christine Barrault (Festival Durance Luberon)



Vous avez joué dans "Une flûte enchantée" de Peter Brook. Quels souvenirs en garder vous ?

La flûte enchantée est le point de départ de mon nouveau parcours. Avant je pensais autrement, de manière plus conformiste certainement. Peter Brook est un des grands génies du Théâtre du XXème siècle, je ne vous l'apprend pas.  J'ai eu la chance de travailler avec ce grand monsieur, une opportunité que peu de chanteurs d'opéra pourront connaître. Son exigence, sa vision, sa liberté et sa modernité sont pour moi autant d'éléments que j'essaie d'appliquer dans chacun de mes projets. Voir les choses autrement, avec un oeil nouveau, toujours redécouvrir une œuvre comme le fait un enfant en s'amusant, la capacité d'émerveillement. La sincérité et recherche de la vérité sont les plus beaux trésors que Peter Brook m'ait transmis.



Pouvez-vous nous parler du personnage d'Oebalus que vous avez interprété dans l'opéra Apollo et Hyacinthus.

Oriane est une très talentueuse metteuse en scène âgée de seulement 22 ans, ce qui m'impressionne beaucoup. J'ai appris par Arielle Buteau, sa mère, que dejà toute petite, elle préférait s'imaginer et écrire des mises en scène d'opéra plutôt que de jouer avec les autres enfants. C'est fou, non? 

Cette production d'Apollo et Hyacinthus à été montée par un collectif d'artistes représenté par Sophie Boyer (Soprano), sans aucune subvention et uniquement à la force du poignet. Mon engagement pour ce genre d'initiative est total car il montre que la création n'est pas forcément une question de moyens financiers, et qu'on peut faire des choses magnifiques en se jetant à l'eau. Encore faut-il avoir du talent, du courage et de la ténacité ! Oebalus est le rôle d'un père naïf et enthousiaste, très conformiste, qui n'a aucune idée des amours et des drames qui se jouent entre ses élèves. La différence entre cet homme mûr qui vit de conventions et de grands principes et les amours adolescentes d'Apollo et de Hyacinthus est colossale ! En plus, l'ouvrage est en latin, ce qui ajoute à l'étrangeté de la chose. 



Quels rôles aimeriez vous jouer dans le futur ?

Je rêve de chanter le rôle du Chevalier de la Force ou bien celui de l'aumônier dans le Dialogue des Carmélites. Cette histoire me touche d'autant plus que je suis croyant et que j'aime passionnément la musique de Poulenc. Et, bien sûr, les héros romantiques, rêveurs et mélancoliques comme Vincent, Tamino, Alfredo, Roméo...



Selon vous qu'es-ce qui fait que l'Opéra est toujours d'actualité ?

L'opéra est la discipline qui réunit tous les arts: la musique, la voix, la danse, la scénographie, le costume... C'est un patrimoine universel et il est plus que jamais d'actualité, même si la musique classique est hermétique à beaucoup de jeunes... Au fond, les situations traitées dans les opéras sont les grands problèmes de l'humanité. L'amour déçu, la jalousie, la haine, la guerre...En revanche,à la fin, les morts se relèvent,et tout le monde va boire un coup !



Vous êtes actuellement à Marseille. nous en dire plus sur les raisons dans votre présence dans cette ville ?

Après l'Afrique et mon court séjour aux Etats-Unis, ma famille à préféré s'installer à Marseille plutôt qu'à Paris. Le Sud, quoi.J'ai appris à connaître cette ville déroutante, chaotique, attachante; j'ai appris à l'aimer, même si j'ai toujours du mal à me faire à certaines choses... C'est une ville libre, et je m'y sens bien, surtout que je m'y suis marié à une belle Mireille...



Pouvez-vous nous parler de Marseille mes amours ?

Pour un chanteur lyrique, chanter des chansons populaires ne se fait pas trop, mais l'exemple génial de Roberto Alagna m'a décidé à sauter le pas, d'autant plus volontiers que j'adore ce répertoire. Marseille mes amours s'inscrit parfaitement dans le cadre de cette année culturelle Marseillaise. Je souhaitais participer et faire connaître aux visiteurs ma version des opérettes de Vincent Scotto (très prolifique compositeur marseillais), et défendre une culture encore bien vivante dans la mémoire des marseillais. Loin des versions habituelles un peu caricaturales que l'on entend trop souvent. Les chanteurs des années 30 étaient de grands techniciens, dont la voix devait passer la fosse d'orchestre aller jusqu'au fond du théâtre, et tout ça sans micro ! Le public, notamment de l'Alcazar était connaisseur, difficile, et il fallait pas se louper ! Mais quel triomphe quand il vous aimait.... J'adore l'univers des années trente où l'Europe toute entière après cette terrible guerre a vu éclore tant et tant d'artistes incroyables, qui travaillaient sans arrêt. C'est à tout ça que je voudrais rendre hommage un peu comme le fait Max Raabe outre Rhin avec le répertoire allemand. J'ai trouvé pour ce récital de formidables partenaires : Murielle Tomao, une merveilleuse mezzo soprano, grande artiste et authentique marseillais pas comme moi, la géniale Magali Rubio à la clarinette, et notre pilier, Cyrille Muller à l'accordéon. Tous m'ont fait confiance, et n'ont pas hésité à me suivre dans cette aventure. Je les en remercie très sincèrement.








Photographies William Nadylam 
Propos recueillis par
Jean-Louis ABESSOLO

1 commentaire:

  1. Wonderful, Jean Christophe! The honor of having you in my home for 1 year was magnificent! Listening to you sing in the mornings..watching you perform in plays and musicals when you were here..you had a gift, have a gift. Would so like to see you again, but am afraid that is something we'll have to dream about..

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